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Ce qui s'est passé

Le 21 octobre 2010, pendant le mouvement de défense des retraites, les organisations syndicales de jeunesse appellent à une manifestation place Bellecour avec le soutien des organisations mobilisées pour le retrait de la loi sur les retraites.

A midi déjà, de nombreux lycéens commencent à arriver... Mais la police a organisé un encerclement de la place bloquant toutes les issues : « si vous rentrez, vous ne pourrez pas ressortir ». Dès 13h30, l'encerclement est complet et les deux milliers de manifestants sont divisés en deux, les flics viennent s'intercaler entre ceux qui ont commencé à se rassembler sur la place Antonin Poncet avec la voiture sono, prête à partir et ceux que le cordon de CRS empêche de quitter la place Bellecour : aucune raison n'est donnée par la police.

Cette souricière, ce kettling, cette nasse va durer plus de 7 heures pour certains. Pendant 2 heures et demi le cortège va refuser de partir exigeant de la police de laisser sortir tous ceux qui veulent manifester.

 

Entre 13h30 et 19h30, 700 personnes, majoritairement des jeunes, voire même des mineurEs, et même des personnes qui n'avaient rien à voir avec la manifestation, ont été séquestrées sans aucune justification, sans explication. Beaucoup d’entre elles ont été insultées, humiliées par les forces de police, pour certaines flashballées, aspergées de gaz lacrymogène, arrosées avec des canons à eau en l’absence même de provocation ou de rébellion. Ces attaques inattendues et injustifiées étaient entrecoupées de longs moments d’attente tendue.

Au cours de l’après-midi, de nombreuses provocations et brimades émanant des forces de l’ordre se sont multipliées. Les témoignages convergent pour dénoncer une discrimination au faciès flagrante et des propos insultants et racistes : les plus âgéEs, les plus organiséEs, les moins bronzéEs ont pu sortir, les autres non.
Pour clôturer ce dispositif, au bout de sept heures d’enfermement, les jeunes ont dû faire la queue pour subir des contrôles d'identité et photographies pour fichage. Celles/ceux qui ne pouvaient justifier de leur identité ont été embarquéEs dans des bus.

Les suites 

 

Face à cette situation choquante, immédiatement, de nombreuses personnes et organisations ont décidé l'urgence d'une réunion dès le lendemain, dans les locaux de la LDH et du CIRDEL pour dénoncer cette violation des droits fondamentaux, pour soutenir les victimes et les accompagner. Plus d'une centaine de personnes sont venues, des permanences ont été faites pour recueillir les témoignages et montrer leur solidarité à tous ces jeunes traumatisés par cette manifestation. Une plainte a été déposée en janvier 2011, puis 16 plaignantes et plaignants en individuel et 19 organisations se sont constitués parties civiles, avec pour avocat Bertrand Sayn en juillet 2011.

 

 

En bref

 

En bref, plainte contre une garde à vue de 700 personnes pendant plus de 7 heures sans justification dans des conditions choquantes. Rappelons que quand une personne est en garde à vue, elle a le droit de voir immédiatement un avocat, un médecin, d’aller aux WC et de savoir ce qu’on lui reproche !

L'instruction

 

L'affaire a été instruite par deux juges d’instruction après un parcours judiciaire visant à l’empêcher pendant 3 ans.

Cette instruction a conduit à émettre 2 commissions rogatoires. Cela a permis l'audition du Directeur Départemental de la Sécurité Publique, du Préfet, du Procureur général, de fonctionnaires de Police, du Ministre de l'intérieur et d'obtenir tous les documents relatifs en particulier au nombre de personnes contrôlées en fin de journée, 700 jeunes dont aucune inculpation.

Pendant toutes ces années, nous avons informé et dénoncé cette pratique d’enfermement de centaines de personnes rassemblées pacifiquement pendant plusieurs heures  dans une ambiance de pressions et d’humiliations, l’enfermement abusif de 700 personnes par des forces de police en nombre excessif, un dispositif de police démesuré, et l'instruction va corroborer tout ce que le collectif a dénoncé avec forces témoignages dans sa plainte.

 

Une bataille de 8 ans c'est long, mais depuis 8 ans le collectif a maintenu sa vigilance.

 

Le collectif 21 octobre est fier de l'unité qu'il a su construire entre des plaignants et plaignantes en individuel ainsi que des organisations différentes, tant politiques, syndicales qu’associatives.

Unité aussi bien dans l'action en justice que dans l’organisation d’initiatives faites au cours de ces 8 années : travail de dossier, de soutien aux victimes, l'organisation de conférences et de manifestations, de vigilance pour que justice soit faite contre cette immense garde à vue à ciel ouvert et contre les discriminations au faciès sur les exfiltrations.

En 8 ans, le collectif 21 octobre a su résister, et donner une place à une voix juridique pour plus de justice.